
Pierre-Gilles de Gennes est décédé samedi et nous ne l'apprenons qu'aujourd'hui.
C'est un personnage hors du commun qui vient de nous quitter.
Extrait du Monde :
"Avec la mort de Pierre-Gilles de Gennes, c'est un physicien hors normes qui disparaît. Un génial touche-à-tout. Un homme d'idées et de convictions. Toujours en campagne, jamais au repos. Ne disait-il pas : "Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, ajoutait-il, de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L'honneur du scientifique est absolument à l'opposé de l'honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face."
Dates : 24 octobre 1932 - Naissance à Paris. 1991 : Prix Nobel de physique. 18 mai 2007 : Mort à Orsay.
S'ouvrir, respirer. Ne pas voir la science "d'en haut" comme une vaste tapisserie mais la voir "d'en bas", au niveau du petit point. Tel était le credo de cet agrégé de physique, docteur ès sciences et spécialiste de la physique des milieux condensés que l'Académie des sciences de Suède, en 1991, n'hésite pas à qualifier d'"Isaac Newton de notre temps" lorsqu'elle lui décerne le prix Nobel de physique.
"L'ANTITHÈSE DU PÉDANT"
Nous étions ignorants et Pierre-Gilles de Gennes fait de nous des physiciens, des chimistes, et, pourrait-on presque croire, des théoriciens. Il vous prend à témoin, vous fait membre de son équipe. Yeux bleus, pétillants, tout prêts à rire, la mèche romantique rythmant ses allers et venues de grand étudiant dans une veste un peu vague, un foulard autour du cou, il trace trois gribouillis au tableau, son éternel cigarillo au bec. Le charme agit et on se transcende. Du moins le pense-t-on.
"Ce qu'il y a de formidable avec lui, disait sa femme qui, au début des années 1990, tenait, à deux pas de la faculté d'Orsay, Le Boudin sauvage, un restaurant rendez-vous des gastronomes et des chercheurs, c'est que lorsqu'il vous explique quelque chose, même dans un domaine auquel vous n'entendez rien, vous finissez par vous sentir intelligent." "J'ai connu pas mal de Prix Nobel, renchérit Etienne Guyon, qui fut son premier élève. C'était l'un des tout grands, doué du talent de tout rendre simple. L'antithèse du pédant." Par une sorte d'"effet de Gennes", il fascine et séduit. Jusqu'au chroniqueur du Monde, Pierre Georges, qui lui aussi succombe et écrit : "Cet homme (…) n'est pas que savoir hors du commun. Il est scientifique de charme, espèce rare qui ne tient ni de Nimbus, ni de l'étudiant attardé. Il est un homme dont immédiatement on souhaiterait être l'ami ou le disciple pour simplement avoir ce privilège rare de devenir un instant intelligent."
Passionnant et passionné, curieux de tout, jamais repu, Pierre-Gilles de Gennes croquait la vie à belles dents. Sportif, il aimait grimper dans les Alpes ou descendre les rivières en kayak, avant que sa santé ne le conduise vers des activités plus paisibles, randonnée et planche à voile. Epris depuis toujours de peinture et de dessin, il partageait son temps, ces derniers mois, entre articles scientifiques et carnets de croquis, ses derniers grands plaisirs."
 
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